Le lâcher prise : et si nous écoutions l'enfant en nous?
- Mélanie Canton Chant et Sophro

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Nous passons nos vies à bâtir des forteresses.
On se construit une identité — celle du professionnel sérieux, du parent exemplaire, de l'adulte qui « sait » — et l'on finit par confondre la maison avec l'habitant.
On croit que si la façade se lézarde, c’est tout l’être qui s’effondre.
Le lâcher-prise, ce n’est pas démolir la maison ; c’est enfin accepter d’ouvrir les fenêtres pour laisser entrer un petit courant d’air, et peut-être même quelques imprévus. Il peut aussi avoir de la beauté dans l’inattendu.
Il y a chez l’enfant une forme de sagesse que nous ne considérons pas à sa juste valeur.
Par pudeur ou par convention, éducation.
On minimise souvent la pensée, les remarques d’un enfant.
Mais les enfants, celui qu’on a été et qui est en nous et ceux qui sont autour de nous, nous apprennent énormément.
Un enfant tombe, il se relève, il se trouve ridicule, il en rit, et il repart vers son jeu. Des fois il se fait mal, il pleure puis il repart vers son jeu.
Il ne s'identifie pas à sa chute. Il ne se dit pas : « Je suis un enfant qui tombe »,
il se dit : « Tiens, voilà qui est cocasse, je me suis pris une sacrée gamelle ».
Nous, les adultes, nous sommes devenus des experts de l'autocritique.
Nous avons peur de la chute.
Nous avons peur du ridicule comme s'il s'agissait d'une maladie.
Tomber c’est embêtant lorsqu’on se blesse c’est certain.
Mais bien souvent lorsqu’on tombe ce n’est pas la blessure corporelle qui nous fait mal c’est la peur d’avoir été vue en train de tomber.
Et quand je parle de tomber je parle de chute au sens propre comme au figuré.
Alors on s’efforce de bien faire attention à tout, pour être sûr d’éviter la chute. On se maintient, on résiste, on ajuste sa façade …
Alors que c'est justement là, dans cet écart entre ce qu'on voudrait paraître et la réalité de la vie, que réside toute la saveur de l'existence.
Cet endroit où, loin de la crispation, nous acceptons enfin de trébucher et même de tomber sans nous sentir humiliés.
C’est là, dans cette reconnaissance franche de la chute, dans l’ironie que l’on pose sur nos maladresses et dans ce laisser-aller face à l'imprévu, que nous trouvons une légèreté nouvelle.
Ne plus se formaliser d'un faux pas, rire de la situation quand le décor s'effondre, c'est désamorcer le drame avant qu'il ne s'installe.
On cesse alors de passer sa vie à colmater les brèches d'une façade parfaite pour enfin commencer à habiter l'instant.
Après tout, celui qui sait rire de sa propre chute n'est plus un homme qui tombe : c'est un homme qui se relève, déjà un peu plus libre qu'il ne l'était une seconde auparavant. Et puis, qui n’est jamais tombé ?
J’ai lu un jour un propos d’Alexandre Astier il me semble. Ce propos disait que la vie est une série de cafouillages plus ou moins bien orchestrés, et que vouloir y mettre de l'ordre à tout prix, c'est comme essayer de capturer le vent dans un filet à papillons : un effort épuisant pour un résultat décevant. Le lâcher-prise, c'est comprendre que les plans ou LE PLAN qu’on se fixe pour nos vie n'est que fiction. Vivre plus libre, c'est accepter de jouer sa partition sans se crisper sur la justesse de chaque note, pour laisser place au plaisir de la musique elle-même.
Ce n'est pas de la démission, c'est de la disponibilité.
C'est le courage de retirer son masque de métal pour laisser place à l'improvisation.
Il faut entrer sur scène, oublier son texte de temps en temps, accepter de ne pas être brillant, et se rappeler, comme le disait Jean d'Ormesson, que « s’inquiéter, c’est souffrir deux fois ». Pourquoi s'infliger cette double peine inutile ?
Pourquoi se torturer à l'avance pour un scénario qui n'arrivera peut-être jamais, quand la vie demande simplement d'être vécu ?
Apprendre à lâcher prise, c'est finalement se souvenir que, quel que soit le rôle qu'on joue, on finit toujours par rentrer à la maison.
Et que dans cette maison il y a l’enfant que nous étions et qui nous regarde faire, avec toute sa sagesse d’enfant, et il nous supplie de nous laisser un peu plus vivre.
Si la vie est un voyage, profitons du trajet, même s'il est parsemé de flaques d'eau, de rires déplacés et de moments de grand n'importe quoi.
C'est précisément cela, la vraie liberté : comprendre que ce sont nos failles qui nous rendent humains, et qu'il est bien plus léger de traverser cette existence sans cette armure qui nous empêche de respirer.
Alors si on se laisser vivre...








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