Article Interview : Rencontre avec France Grandjean : l'amour du chant et de la vie en grand
- Mélanie Canton Chant et Sophro

- il y a 11 heures
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Il est des rencontres qui marquent un tournant.
J'ai croisé la route de France pour la première fois il y a une dizaine d’années.
À l'époque, je traversais des problèmes de santé et je me sentais très vulnérable physiquement.
Pour m'aider, ma sœur m'a proposé de participer à un cercle de paroles animé par des personnes en situation de handicap.
C’est là que France a partagé son histoire.
Quand elle a parlé d'elle, de son parcours, de sa relation avec le chant et de la force incroyable que cela lui donnait, quelque chose a immédiatement résonné en moi.
Je peux dire aujourd'hui qu'elle a grandement contribué à mon propre cheminement, celui qui m'a menée à créer ma méthode de travail associant le chant et la sophrologie.
Alors, un grand merci à elle pour ça.
Et puis, la vie fait bien les choses : nos chemins se sont à nouveau croisés cette année. France cherchait une coach vocale. Dès qu'elle m'a contactée et qu'elle a commencé à m'expliquer son parcours, je l'ai tout de suite reconnue ! J'ai évidemment accepté de l'accompagner, et c'est un immense bonheur de travailler avec elle aujourd'hui.
La définir en quelques lignes est impossible. France embrasse la vie avec une sincérité désarmante. C'est à la fois une vraie Wonder Woman par sa force, et une femme tellement touchante qu’on a instantanément envie de lui faire un gros câlin. Amoureuse inconditionnelle du vivant, elle a trouvé dans le chant bien plus qu’une passion : un second souffle et un moyen de prendre, avec éclat, sa place dans le monde.
Sans fard et avec générosité, elle se confie sur son parcours hors norme, son rapport viscéral à la musique et sa philosophie de l'audace.
Installez-vous confortablement et laissez-vous inspirer!
Merci, France.
Retrouvez en fin d'interview ses liens Insta, Youtube...
coordonnées et ses photos.
Peux tu te présenter en quelques mots?
Qui suis-je ? Cette question est toujours un vrai casse-tête pour moi car j’ai l’impression qu’il y a un monde entre celle que j’ai pu être il y a 10 ans, celle que je suis aujourd’hui et celle que je pourrais être dans 10 ans ou plus. Concrètement, je suis une femme toujours accompagnée d’un fidèle destrier : mon fauteuil roulant. En effet, je suis une personne en situation de handicap. J’ai une maladie génétique qui me rend aujourd’hui tétraplégique, extrêmement dépendante physiquement et avec laquelle ma capacité respiratoire est de seulement 27%. Intérieurement, chercher à trouver qui je suis a longtemps pu me faire souffrir. Puis un jour, j’ai compris que, comme la vie, au gré des saisons, je ne suis rien et je suis tout à la fois. Je suis celle que je suis à un instant T. J’ai le droit de changer, de me planter mais aussi de réitérer. Pour résumer, je dirais que je suis une amoureuse inconditionnelle de la Vie. J’ai une foi totale en elle.
Peux tu décrire ta relation au chant ?
Depuis toute petite le chant a très vite fait partie de ma vie mais je crois qu’à l’époque, tous les arts me passionnaient. Le dessin, le chant, le piano, l’harmonica,… Je suis née avec l’âme d’une artiste écorchée par le monde que je percevais. Lorsque j’ai eu 15 ans, il y a eu un tournant décisif. Les médecins voulaient me mettre une trachéotomie car j’étais tombée à 11% de capacité respiratoire. On ne m’entendait pratiquement plus parler. Ma voix était aussi faible qu’un chuchotement. Communiquer avec mes amis en soirée était très compliqué voir impossible car le moindre bruit environnant couvrait ma voix. Alors une opération était la seule solution proposée. Cela consistait à m’insérer une machine respiratoire qui respirerait à ma place. Cela s’appelle une trachéotomie. J’ai dit non. J’avais déjà eu une opération du dos qui m’avait apportée beaucoup de souffrances. J’avais un fauteuil roulant et une vie personnelle compliquée. Je ne voulais plus forcer les choses. Je trouvais tout cet acharnement thérapeutique ridicule. Alors j’ai dit stop. J’ai décidé de trouver une professeure de chant qui me pousserait au-delà de mes limites. C’était ma dernière chance. Soit ça fonctionnait, soit j’allais certainement décéder et j’étais ok avec cette possibilité. Peut-être qu’au fond, je le souhaitais même un peu. D’une manière ou d’une autre, il fallait que tout cela s’arrête. En à peine six mois, grâce à Marie Stobinsky, professeure de chant lyrique, j’ai été rétablie. Il n’était plus question de trachéotomie et pourtant, avec ma maladie, cette amélioration n’était pas censée se produire. Cela relève du miracle. Alors, lorsque je dis que le chant est ma vie, ce n’est pas uniquement par passion. C’est parce qu’il m’a réellement donné une deuxième chance : celle de pouvoir croquer la vie à pleine dents.
Trouver sa voix, c'est souvent trouver sa voie. Qu'est-ce que ta propre voix t'a appris sur la femme que tu es vraiment ?
Comme dit au début, cela peut changer au fil du temps. D’ailleurs, ma voix ne cesse d’évoluer et de réagir différemment selon les périodes. Je dirais qu’il y a eu les débuts. Ce moment où j’ai osé dire non à la médecine pour dire oui au chant. Ces débuts où la puissance vocale me gagnait et où je découvrais la Wonder Woman qui était en moi. J’osais de plus en plus m’exprimer et c’était impossible pour moi avant cela. Encore aujourd’hui c’est un grand chemin. Il y a peu, j’ai osé aller beaucoup plus loin dans l’expression de mon être et j’ai fini aphone pendant 3 jours et une semaine de rétablissement car mon corps n’était pas prêt à s’autoriser pleinement être. Ma voix m’a aussi montré que Wonder Woman cachait en réalité des faiblesses et des fragilités et je pense que ce sont celles-ci les plus touchantes dans ma voix car lorsque je les chante c’est pour les transmettre en lueur d’espoir. J’ai découvert la puissance d’oser et la vulnérabilité lumineuse de l’authenticité. Mais avant cela, il y a eu ces moments où ma voix ne transmettait plus rien car j’étais tombée dans le piège de vouloir réussir et de vouloir devenir la plus incroyable des femmes. J’ai découvert des traumatismes également. En effet, à une période de ma vie, pendant environ 5 mois, ma gorge se nouait constamment et je luttais sur scène alors que ça ne m’était jamais arrivée en 18 ans de « carrière » haha. Puis un jour, je me suis souvenue d’un traumatisme physique très violent. À partir de là, après avoir accueilli cet événement, j’ai pu me le réapproprier et j’ai pu chanter à nouveau librement sur scène. Alors oui, cette voix me montre chaque jour de plus en plus où j’en suis et chanter m’apaise émotionnellement.
Est-ce que le chant a changé ta manière de communiquer avec les autres ou de prendre ta place dans le monde ?
Totalement ! Je peux parler à mes amis en soirée ou accoster des inconnus sans avoir peur qu’on ne me comprenne pas. Je peux également téléphoner et j’ai à nouveau la force physique et l’air nécessaire pour manger à table comme tout le monde ! Cela peut paraître banal mais avant de chanter, toutes ces chances du quotidien ne m’étaient plus accessibles. La vie sociale était très compliquée. Aujourd’hui je revis et je considère la chance que j’ai. Plus je chante, plus je me rends compte à quel point j’ose être malgré tous les obstacles.
Y a-t-il un style de musique, un répertoire ou une chanson en particulier qui a été ton plus grand refuge ou ta plus grande force ?
J’aime à peu près tout. Je peux autant aimer l’opéra que l’électro, en passant par la variété et le slam… Mais le style musicale qui me touche profondément et sans réelles explications, c’est la musique country. Peut-être parce que dans la country, les sujets les plus évoqués sont l’amour, la dépendance à l’alcool et la rencontre avec Dieu. Pendant environ dix ans de ma vie j’ai eu des comportements addictifs et les blessures de la vie, comme tout le monde, j’en ai eu… Aujourd’hui, je ne suis d’aucune religion car j’estime que Dieu est à la fois universel et à la fois propre à chacun. C’est notre petite voix intérieure. Mais c’est tout cela que je ressens dans la country, la réalité des noirceurs que nous traversons et vivons avec en même temps cette lumière toujours présente en chacun de nous. Et pour les chansons d’amour en musique country alors là, ça vient réveiller l’éternel romantique que je suis ha ha.
Pour finir par le plus important, ma chanteuse préférée est à tout jamais Zaz 💛🙏 Je me suis toujours retrouvée dans ses chansons, un peu comme si on évoluait ensemble sur les mêmes sujets de la vie. Puis, il y a eu un tournant de ma vie il y a 3 ans. Je me suis séparée de mon ex-compagnon et cela a été très violent. J’ai failli être brisée psychologiquement. Clairement, la chanson de Zaz « Comme ci comme ça » m’a sauvée et m’a aidée à partir. Alors depuis, elle ne cesse de m’aider et de m’accompagner sur mon parcours.
Quels sont tes projets ou tes rêves pour la suite ?
Chanter en duo avec Zaz est mon plus grand rêve !
Mes projets sont de pouvoir continuer à aider les autres, que ce soit par Instagram ou dans les associations bénévoles où je me suis engagée. On ne va pas se mentir, lorsqu’on aide les autres c’est aussi un peu soi-même que l’on aide. Je préfère le dire parce que le bénévolat est souvent perçu comme quelque chose de beau et d’incroyable alors que non, pas plus qu’une autre action.
Si une personne traverse une période de grande noirceur aujourd'hui et t'écoute, quel message aimerais-tu lui transmettre à travers ton histoire ?
Oser. Oser se planter. Oser recommencer. Oser n’importe quoi mais oser. Agir et expérimenter nous montre le chemin. Si on prépare le chemin avant de s’y lancer alors on passe encore à côté des surprises et des cadeaux qui vont avec. Pour oser vivre le beau, il faut oser accepter que parfois ce sera moche. Il faut sauter dans le vide en faisant autant confiance à la vie qu’à un parachute. Et dans les moments où l’on pense qu’on retombe encore dans un « problème » qu’on pensait avoir résolu depuis 10 ans, j’aime me dire « ok, deux pas en avant, un pas en arrière, ça fait toujours un pas en avant ». Alors on continue et on avance, un pas après l’autre.

























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