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Interview : Grégory Panaccione ou l'art saisissant de la narration par l'image



Le mois dernier, je partageais avec vous un article sur Quelqu’un à qui parler, un roman graphique aussi touchant qu’humain, adapté du roman de Cyril Massarotto et magnifiquement mis en images par Grégory Panaccione.

Cet artiste de talent m’a fait l’immense plaisir d’accepter une interview pour évoquer son parcours, ses influences et sa vision du lien entre art et bien-être.

Auteur des oeuvres Un océan d’amour, Match, La Petite Lumière ou encore L’Homme en noir... Grégory Panaccione explore avec une justesse bouleversante les émotions, la solitude, les liens humains, et cette quête universelle de sens et de liberté.

Son dessin, à la fois vivant et poétique, nous parle, souvent sans un mot — car chez lui, l’image dit tout.

Malgré une reconnaissance bien méritée et un parcours impressionnant, Grégory Panaccione s’est prêté avec une grande simplicité et sincérité au jeu de cette interview.

Un moment d’échange privilégié avec un artiste aussi talentueux qu’humain, que je remercie chaleureusement pour sa disponibilité, sa bienveillance et la profondeur de ses réponses.


En fin d'interview, retrouvez quelques couvertures et extraits des œuvres de Grégory Panaccione.


1. Pouvez-vous me raconter votre parcours artistique, de vos débuts jusqu’à la bande dessinée ?


Je suis allé à l’école Estienne à Paris, et j’ai fait un petit peu d’école des Beaux-Arts. Je voulais faire de la bande dessinée depuis tout petit. Je me souviens qu’en maternelle, je disais déjà à la maîtresse que je voulais en faire. Donc cette envie remonte à très loin. Après ma sortie de l’école Estienne, j’ai cherché du travail dans la publicité. J’ai travaillé longtemps dans ce domaine, ce qui me frustrait pas mal, car je ne pouvais pas assez dessiner à mon goût. Je faisais surtout de la mise en page, des choses comme ça. Mais cela dit, c’était très intéressant d’un point de vue humain, j’y ai appris beaucoup de choses. Au niveau artistique, en revanche, c’était un peu barbant. Ensuite, j’ai essayé de trouver du travail dans l’illustration. Je voulais me diriger vers la bande dessinée petit à petit en passant par l’illustration, mais ça n’a pas marché du tout. Puis un ami m’a appelé et m’a proposé de travailler avec lui dans une boîte de dessin animé. Je ne savais même pas que ça existait en France, enfin à Paris ! Et là, un nouveau monde s’est ouvert à moi. J’ai travaillé pendant environ vingt ans dans le dessin animé, tout en essayant de faire de la BD en parallèle, même si à l’époque, ça ne donnait rien. C’était une expérience très enrichissante, notamment pour apprendre la narration. Je faisais beaucoup de story-boards, et ça, c’est vraiment très formateur pour la BD. Souvent, les scénarios qu’on nous donnait étaient mauvais, et il fallait trouver la bonne façon de les raconter pour les rendre intéressants, un peu plus sympas. Et puis, c’étaient des rythmes assez industriels : par exemple, il fallait produire 26 minutes de story-board en seulement trois semaines. J’ai fait ça pendant pas mal d’années, puis en 2011, comme je vivais en Italie, c’est devenu difficile de travailler avec la France à cause de nouvelles réglementations : les sociétés françaises préféraient travailler avec des résidents français. Comme je n’arrivais plus à trouver de travail, j’ai saisi cette occasion pour me lancer un peu plus dans la bande dessinée. J’ai envoyé des projets en France et puis c’est parti ! J’ai fait un premier livre, puis voilà, jusqu’à Un océan d’amour, qui a beaucoup plu à un large public.


2. Quelles sont vos influences ?


Mes plus grandes influences sont Miyazaki, Moebius et Gossens.

Gossens pour l’humour, et Miyazaki et Moebius pour leur créativité, la richesse des détails, ce qu’ils arrivent à créer.

Moebius, par exemple, c’est pour les espaces, les perspectives, les mondes et les images qu’il inventait, et sa capacité à nous faire complètement entrer dans ses univers.

On peut s’y perdre, c’est très agréable.

Et Miyazaki a une créativité incroyable : tout est rendu personnel, chaque détail, chaque personnage existe vraiment. La force de Miyazaki, c’est de jouer autant sur le style du dessin que sur la façon de raconter. Son approche n’est pas manichéenne et j’adore ça : il n’y a pas de méchants ni de gentils, juste des gens. C’est beaucoup plus conforme à la réalité.


3. Et comment naît une histoire chez vous ? Par une image, une émotion, un souvenir ?


Il n’y a pas de règle précise, mais je pars souvent d’images pour raconter une histoire : de dessins que je fais dans mon carnet, que j’ai toujours avec moi. Je commence par un dessin qui me plaît, puis j’essaie de continuer petit à petit. Je rajoute des images entre deux, ou des séquences que je déplace… Mais l’histoire en elle-même, je ne l’ai pas en tête au début : elle se construit avec les images. Une image peut m’interpeller, et à partir d’elle, tout un monde se crée petit à petit. Après, ça dépend. Pour L’Homme en noir, par exemple, c’était une idée d’un ami. On a travaillé un peu ensemble sur le concept. Cette histoire est née d’une idée plus conceptuelle, mais j’ai quand même réussi à y insérer des images que j’aimais, que j’avais envie de faire — comme celles avec les immeubles, par exemple.


4. Vos œuvres sont parfois dépourvues de texte ou en contiennent très peu. Elles sont en revanche très fortes visuellement : qu’est-ce qui vous attire dans la narration sans mots ?


Ce qui m’attire, c’est que j’arrive plus facilement à exploiter mon imagination. Je suis plus à l’aise avec les images qu’avec les mots quand je crée une histoire. Mes trois premiers livres étaient d’ailleurs muets. Je trouve que cela invite à l’imagination. C’est une lecture différente : ce n’est pas la même zone du cerveau qui travaille. On participe davantage, on est obligé d’imaginer ce que disent les personnages, les sons, les musiques présentes dans l’histoire. On entre plus profondément dans le récit, il y a un côté méditatif. Et puis, on peut interpréter à sa manière. Ce que j’aime aussi, c’est qu’on peut offrir ces livres à un Japonais par exemple et il pourra les lire. Et quel que soit l’âge : on peut l’offrir à un enfant qui ne sait pas encore lire. Il n’en comprendra peut-être pas tout, mais il pourra déjà y voir quelque chose. J’aime cette dimension universelle.


5. Vos œuvres abordent parfois l’enfance et certains traumas. Que représentent pour vous ces œuvres ?


Ce qui m’intéresse, c’est de montrer que tout n’est pas blanc ou noir. Comme Miyazaki, j’ai envie d’aborder les problématiques avec nuance, sans simplifier les choses. Ce n’est pas une question d’être tiède ou mièvre, mais d’être vrai, d’être dans la complexité de la vie.

Ce n’est pas facile, car parfois les lecteurs sont déroutés quand il n’y a pas de repères « classiques » entre gentils et méchants. Mais je remarque que l’humour permet de faire passer beaucoup de choses. Dans Quelqu’un à qui parler, par exemple, il y a de l’humour : c’est un livre « feel good », c’est-à-dire un livre qui donne de la joie, qui finit bien. C’est une adaptation du roman de Cyril Massarotto, où j’ai essayé d’accentuer son propos par l’image. Un océan d’amour aussi est un livre « feel good ».Par contre, La Petite Lumière n’est pas un livre joyeux — sans être déprimant pour autant, il invite plutôt à la méditation.


6. Pensez-vous que créer puisse avoir un effet thérapeutique — pour vous, et pour vos lecteurs ?


Oui, bien sûr, pour moi évidemment, mais aussi pour mes lecteurs. Ce qui me fait du bien à moi, je suis certain que cela en fait à d’autres aussi. C’est quelque chose qui me traverse, un monde intérieur que je transmets. Les lecteurs peuvent être touchés à leur tour par ce monde. Je pense que les artistes, et notamment les auteurs de bande dessinée, ont une forme d’intuition sur le monde dans lequel ils vivent. Pas tous, bien sûr, mais certains se connectent à quelque chose de profond et essaient de faire passer un message — pour s’améliorer soi-même, et améliorer un peu la vie des autres peut-être.


7. Avez-vous déjà eu des retours de lecteurs disant que vos histoires les avaient aidés ou apaisés ?


Oui, beaucoup. Je n’ai pas d’exemple précis, mais à chaque séance de dédicace, je rencontre des personnes qui ont été touchées par certains livres plus que d’autres. L’Homme en noir, par exemple, a profondément marqué certains lecteurs. La Petite Lumière et Un océan d’amour aussi. Même Un été sans maman, qui a eu moins de succès, a suscité pas mal de réactions, d’émotions. Quand ça plaît, ça plaît vraiment ! C’est très touchant et très motivant. En festival, certains personnes, mêmes parfois des enfants, m’impressionnent : ils repèrent des détails auxquels je ne pensais pas que quelqu’un ferait attention. Ça veut dire qu’ils étaient vraiment concentrés sur ce que je voulais transmettre, et ça me touche énormément.


8. Quelles sont vos principales sources d’inspiration aujourd’hui ?


En ce moment, je laisse les choses venir. Je m’intéresse à beaucoup de sujets, je lis beaucoup, mais je ne me dis pas à chaque fois : « Tiens, je pourrais en faire une BD ».Je me nourris simplement de ce qui m’intéresse, et je sais que ça ressortira un jour d’une façon ou d’une autre. Pour L’Homme en noir, par exemple, le scénariste Giovanni Gregorio avait au départ une autre idée : l’histoire d’un enfant qui fait des cauchemars et découvre qu’ils sont réels. On ne savait pas encore ce qui se cachait derrière ce traumatisme. Je m’intéressais depuis longtemps aux histoires d’inceste et d’abus, je lisais beaucoup à ce sujet. C’est cela qui m’a poussé à insister auprès de Giovanni pour changer l’axe du récit et y intégrer cette thématique. C’est un livre qui s’est peu vendu, mais ce n’est pas grave. Je sais que si nous n’avions pas abordé ce sujet, il aurait sans doute mieux marché. C’est un thème sensible.


9. Quel message aimeriez-vous faire passer à travers votre travail ?


Je ne sais pas vraiment. Ce que j’aimerais surtout montrer — à moi-même d’abord —, c’est que nous sommes libres dans la vie. Malgré tout ce qui nous entoure, malgré la politique, nous restons libres de vivre et de choisir notre vie. C’est ce que j’aimerais transmettre.


10. Connaissez-vous la sophrologie ? Si oui, que vous évoque-t-elle ?


Oui, j’en ai entendu parler, mais je ne me souviens plus très bien de ce que c’est exactement. Je m’intéresse beaucoup aux médecines alternatives et à tout ce qui touche au bien-être. En ce moment, je m’intéresse à la correspondance entre le corps et l’émotionnel, notamment à la technique TRE. C’est une méthode qui agirait sur les traumatismes profonds en intervenant sur les muscles, notamment les psoas. En cas de traumatisme violent, le muscle se rétracte et déforme la colonne vertébrale pour compenser la tension dans le bassin. Cette méthode propose un travail basé sur la vibration du corps pour le relâcher, et je trouve ça passionnant. En tout cas, le travail que vous faites est aussi très intéressant. J’aurais bien aimé faire ce genre de métier : être en contact avec les gens, ce doit être super enrichissant.


11. Avez-vous un rapport particulier au chant ou à la musique quand vous travaillez ?


J’adore la musique et le chant. Je crois que si je n’avais pas été dessinateur, j’aurais fait de la musique, sans doute compositeur — inventer des atmosphères, des musiques de film, des choses comme ça. Mais je n’écoute presque jamais de musique quand je travaille. Il y a des moments dédiés à ça : j’écoute de tout, mais uniquement quand je peux vraiment m’y consacrer. La musique me procure des émotions, et quand j’en écoute, je veux les vivre pleinement.


12. Y a-t-il une œuvre dont vous êtes particulièrement fier, et pourquoi ?


Oui, Match. Je suis assez fier de ce livre, car j’ai l’impression qu’il ne peut exister nulle part ailleurs. C’est l’histoire d’une partie de tennis muette, en noir et blanc, sur 380 pages. C’est une vraie partie, avec le comptage des points et tout !Je trouve que c’est une idée un peu folle que j’ai eue — soufflée par un ami — et quand je me suis lancé, j’avais vraiment l’impression d’être un fou qui travaille sur un projet débile, mais passionnant. C’est un vrai OVNI. Ce n’est pas forcément le plus émouvant de mes livres, mais il est unique. Et il y a aussi Nos âmes oubliées, qui est une très belle histoire.


13. Y a-t-il un message que vous voudriez laisser à vos lecteurs et lectrices ?


Je ne sais pas… Pour moi, « le lecteur » reste une notion un peu abstraite, car il y a tellement de profils différents. Mais ce que j’essaie de faire, c’est de les surprendre. Surprendre, c’est une des choses qui m’intéressent le plus. Moi-même, j’adore être surpris quand je lis : m’attendre à quelque chose, et finalement découvrir tout autre chose. J’adore ça ! Alors j’espère créer ce sentiment chez mes lecteurs.


Et voici certaines des œuvres de Grégory Panaccione.

A lire absolument!!

Retrouvez-le (entre autre) sur https://www.instagram.com/gregorypanaccione/


Un océan d'amour - Grégory Panaccione
Un océan d'amour - Grégory Panaccione
Un océan d'amour - Grégory Panaccione
Un océan d'amour - Grégory Panaccione
Nos âmes oubliées - Grégory Panaccione
Nos âmes oubliées - Grégory Panaccione
Nos âmes oubliées - Grégory Panaccione
Nos âmes oubliées - Grégory Panaccione
Quelqu'un à qui parler - Grégory Panaccione
Quelqu'un à qui parler - Grégory Panaccione
Quelqu'un à qui parler - Grégory Panaccione
Quelqu'un à qui parler - Grégory Panaccione
Match - Grégory Panaccione
Match - Grégory Panaccione
Match - Grégory Panaccione
Match - Grégory Panaccione
La Petite Lumière - Grégory Panaccione
La Petite Lumière - Grégory Panaccione
La Petite Lumière - Grégory Panaccione
La Petite Lumière - Grégory Panaccione
Chronosquad - Grégory Panaccione
Chronosquad - Grégory Panaccione
Chronosquad - Grégory Panaccione
Chronosquad - Grégory Panaccione
Un été sans maman - Grégory Panaccione
Un été sans maman - Grégory Panaccione
Un été sans maman - Grégory Panaccione
Un été sans maman - Grégory Panaccione
Cabot Caboche - Grégory Panaccione
Cabot Caboche - Grégory Panaccione
Cabot Caboche - Grégory Panaccione
Cabot Caboche - Grégory Panaccione
Toby mon ami - Grégory Panaccione
Toby mon ami - Grégory Panaccione
Toby mon ami - Grégory Panaccione
Toby mon ami - Grégory Panaccione
L'Homme en noir - Grégory Panaccione
L'Homme en noir - Grégory Panaccione

L'Homme en noir - Grégory Panaccione
L'Homme en noir - Grégory Panaccione
Ame perdue - Grégory Panaccione
Ame perdue - Grégory Panaccione
Ame perdue - Grégory Panaccione
Ame perdue - Grégory Panaccione

 
 
 

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