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Article Interview du mois –Handicap, art et humanité : rencontre avec un directeur engagé »

Rencontre avec Christophe Fanguin, directeur d’IME et de plusieurs centres spécialisés.


Je vous propose ce mois-ci, une rencontre inspirante avec une personne dont l’engagement, le parcours et le regard éclaire les liens entre accompagnement humain, art, bien-être et santé.

J'ai le grand plaisir d’avoir pu échanger avec Christophe Fanguin directeur d’un IME (Institut Médico-Éducatif) et de plusieurs établissements qui accompagnent au quotidien des enfants, adolescents et adultes en situation de handicap : troubles du spectre autistique, handicap moteur, mental ou psychique.

À travers cette interview, vous découvrirez la vision d’un professionnel profondément engagé, le rôle essentiel des équipes pluridisciplinaires, mais aussi l’ouverture qu’il accorde aux pratiques complémentaires comme la sophrologie, le chant ou d’autres approches artistiques.

Un échange précieux, qui montre que bienveillance, exigence, créativité et humanité peuvent cohabiter dans les structures médico-sociales.


Je tiens à saluer son travail et celui de ses équipes qui se démènent et se dévouent pour le bien de celles et ceux qui en ont besoin.

Je suis ravie aujourd'hui de les mettre en lumière et je les applaudis pour ce qu'ils font!

Merci!


🎙️ Interview – M. Christophe Fanguin

L’accompagnement global des personnes en situation de handicap et la place des approches artistiques et corporelles


🔹 Portrait et mission


  1. Pouvez-vous nous présenter votre parcours et ce qui vous a conduit à diriger des établissements accueillant des personnes en situation de handicap ?

    Dès les années lycées, j’ai souhaité accompagner des personnes présentant

    une vulnérabilité, je me suis orienté vers le métier d’éducateur spécialisé que

    j’ai exercé durant 14 ans. J’ai alors eu le besoin d’être force de proposition, de

    maîtriser plus les projets et je me suis formé pour devenir directeur

    d’établissement.


  2. Quels sont aujourd’hui les publics que vous accompagnez au sein de vos structures (âge, types de handicaps, besoins spécifiques) ?

    Mes équipes accompagnent un public très hétérogène qui va de l’âge de 3

    ans pour les enfants en maternelle à 39 ans âge limite d’admission au PCPE

    (pôles de compétences et de prestations externalisées). Les unités d’enseignements

    ont vocation à accompagner des enfants présentant un trouble du spectre de

    l’autisme (TSA), ces enfants doivent soutenir le programme scolaire de

    référence donc le trouble du développement intellectuel n’est pas forcément

    associé à l’autisme qui est pour lui peut être qualifié de modéré à sévère car il

    empêche la scolarisation ordinaire de l’enfant. A l’inverse pour l’IME (Institut

    Médico Éducatif), les enfants reçus présentent un trouble du développement

    intellectuel (TDI) qui peut être associé à un trouble du spectre de l’autisme le

    TDI (trouble du développement intellectuel) et le TSA (trouble du spectre de l’autisme)

    sont en général d’intensité moyenne à sévère, les enfants que nous

    accompagnons à l’IME (Institut Médico Éducatif) n’ont plus eu leur place au sein

    du système scolaire ordinaire et nous leur proposons un accueil différencié qui

    allie prestations éducatives, pédagogiques et thérapeutiques. Pour le PMO

    (Prestations en milieu ordinaire), nous soutenons les enfants dans le milieu

    ordinaire notamment l’école. Les services PCPE (pôles de compétences et de

    prestations externalisées) sont à part, le 1 er a vu le jour en 2017 suite au rapport

    zéro sans solution et la politique en découlant de la réponse accompagnée

    pour tous*. Il vient en aide en concertation avec la MDPH (Maison

    départementale des personnes handicapées) à toute personne de 5 à 39 ans

    présentant un TDI (trouble du développement intellectuel) ou un TSA (trouble du

    spectre de l’autisme) et bénéficiant d’une notification non suivie d’effet. Il a pour

    but d’apporter une 1ere réponse, une évaluation plus fine des besoins et de

    retravailler l’admission en établissement et service. Dans l’attente il peut

    mettre en œuvre des prestations en libérales. Il agit sur l’ensemble du

    département est peut accompagner 150 personnes/ an. Le 2 e, nettement plus

    récent, a vu le jour en mars 2024, il accompagne des étudiants présentant un

    TSA (trouble du spectre de l’autisme). Il vise à les soutenir en dehors de leur

    scolarité, dans les actes de la vie quotidienne pour les aider à compenser des

    difficultés qui pourraient les mettre en échec au niveau de leur scolarité. C’est

    un service qui existe à Toulouse et Montpellier seulement et qui est issu des

    préconisations qu’Atypie Friendly** a pu relever au sujet de

    l’accompagnement des étudiants TSA (trouble du spectre de l’autisme) à

    l’université.


  3. Comment décririez-vous la mission principale de vos établissements, au-delà des soins et de l’accompagnement éducatif ?

    La mission principale des tous ces services consiste à proposer un

    accompagnement permettant l’épanouissement maximum de la personne et

    favorisant son autodétermination.


🔹 Le travail d’équipe et les valeurs


  1. Quelles sont les grandes valeurs qui animent vos équipes au quotidien ?

    Des valeurs de solidarités, de justice sociales et d’inclusion dans la cité.


  2. Quelles qualités humaines et professionnelles sont, selon vous, essentielles pour travailler auprès de ces publics ?

    L’empathie, la persévérance, la bienveillance.


  3. Avez-vous des exemples d’initiatives portées par vos équipes dont vous êtes particulièrement fier ?

    Investir la cité dans toutes ses composantes cela passe par un parcours

    piéton ou l’apprentissage des transports en commun,  travailler au sein d’un

    supermarché jusqu’ aller jouer au printemps des comédiens dans le cadre de

    l’Autre Théâtre***.


🔹 La place des intervenants extérieurs


  1. Vous faites appel à des intervenants extérieurs dans vos établissements. Qu’est-ce qui vous motive à intégrer des disciplines comme la sophrologie, le chant ou d'autres formes artistiques ?

    Nous faisons appel à des intervenants qui viennent chez nous comme par

    exemple le chœur de l’opéra de Montpellier, soit qui nous reçoivent pour du

    cirque, de l’équithérapie, du soins aux animaux, de l’escalade…la sophrologie

    n’a pas été encore convoqué mais ce type de technique peut permettre un

    apaisement de l’anxiété qui caractérise souvent nos publics.


  2. Que recherchez-vous dans ces partenariats ? Quels bénéfices observez-vous chez les résidents ou les usagers ?

    On recherche de la compétence que nous n’avons pas en interne et cela vise

    à compléter notre offre de prestations venant nourrir le projet personnalisé de

    la personne.


  3. Selon vous, en quoi des approches comme la sophrologie ou le chant peuvent-elles compléter les soins, l’accompagnement éducatif ou la prise en charge médico-sociale ?

    Passer par une activité artistique comme le chant, le théâtre permet de façon

    ludique de proposer une activité permettant de travailler des ressorts

    essentiels favorisants l’autonomie de la personne. Ce sont des activités

    exigeantes demandant un effort certain, valorisées socialement et donnant

    une reconnaissance à la personne. Les applaudissements viennent clôturer le

    travail fourni comme un renforçateur pour la personne lui donnant l’envie de

    continuer l’activité et de progresser dans celle-ci. Cette progression

    s’accompagne en règle générale d’une évolution positive sur tous

    les pans de la vie de la personne. La sophrologie comme toute technique non

    invasive permet un mieux être sans recours à de la chimie, la personne est

    plus disponible pour son environnement, c’est une approche écologiste au

    sens large du terme.


  4. Avez-vous eu des retours ou témoignages touchants de résidents ou de familles concernant ces interventions artistiques et corporelles ?

    Je suis témoin depuis ma prise de fonction aux Oliviers de tout cela , c’est gratifiant pour la personne, les équipes et les familles.


🔹 Le lien entre art, bien-être et autonomie


  1. Comment percevez-vous le pouvoir de l’art (musique, chant, théâtre, dessin…) sur le bien-être psychique, émotionnel ou relationnel des personnes en situation de handicap ?

    Nos publics sont bien souvent en difficultés au niveau de la relation à l’autre, la médiation artistique développe des modes de communication alternatives remettant l’autre en jeu.


  2. Observez-vous que certaines pratiques artistiques peuvent renforcer l’estime de soi, la concentration ou les interactions sociales ?

    C’est une évidence!


  3. Y a-t-il, selon vous, un enjeu de reconnaissance de ces approches dans le champ médico-social ?

    Oui, effectivement il y a un réel enjeu dans le sens ou la HAS (Haute Autorité de Santé) valide certaines approches en les privilégiant, néanmoins nous pouvons être en conformité en les appliquant tout en pouvant les compléter avec d’autres approches .


🔹 Regards vers l’avenir


  1. Qu’aimeriez-vous développer dans vos structures dans les années à venir ? Y a-t-il des projets que vous rêvez de concrétiser ?

    Nous avons dans un futur proche la volonté de nous équiper d’une salle de Snoezelen**** et d’une balnéothérapie. Nous réfléchissons à pouvoir vous faire intervenir auprès de notre public étudiant pour qui le chant et la sophrologie peut avoir un intérêt.


  2. Si vous pouviez faire passer un message aux institutions ou au grand public sur le handicap et l’accompagnement global, quel serait-il ?

    La maison commune qui est la société appartient à tout le monde.


Petit mot de fin personnel

Enfin, si vous aviez une chanson, une œuvre ou une citation qui vous inspire dans votre travail, laquelle serait-ce et pourquoi ?

Redemption song de Bob Marley...


*Le rapport « Zéro sans solution » date de juin 2014, initié par Denis Piveteau.

  • Il pose le principe que chaque personne handicapée dans une situation critique doit obtenir une solution d’accompagnement digne et durable.

  • Les bases opérationnelles ont été formalisées en 2017, et la démarche nationale « Une réponse accompagnée pour tous » a été généralisée dès janvier 2018.

**Atypie-Friendly est un programme qui aide les étudiants autistes ou ayant des troubles neurodéveloppementaux à réussir leurs études grâce à un accompagnement adapté dans les universités.

***L’Autre Théâtre est un projet inclusif de théâtre visant à donner une voix et une scène à des personnes en situation de handicap, afin qu’elles puissent s’exprimer, développer leurs compétences et sensibiliser le public à l’inclusion à travers l’art dramatique.

****Une salle Snoezelen est un espace spécialement aménagé pour proposer une stimulation multisensorielle douce, dans un cadre sécurisant, apaisant et bienveillant. Elle est utilisée notamment auprès des personnes en situation de handicap, des personnes âgées (y compris atteintes d’Alzheimer), des enfants, ou encore dans le cadre de la relaxation ou du soin.


 
 
 

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