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Article Interview : Céline Molinari : l'art du conte comme un pont entre les générations



Transmettre des histoires, éveiller les sens, créer du lien entre les âges et faire voyager les esprits sans autre support que la voix et la présence : tel est le cœur du métier de la conteuse Céline Molinari.

J'ai rencontré Céline dans son rôle d'animatrice et j'ai été enthousiasmée par son dynamisme, son sourire, sa voix et tout ce qu'elle dégage! Céline c'est un rayon de soleil, brillant de mille couleurs!

D'une grande générosité humaine et professionnelle, elle a accepté de répondre à mes question avec chaleur et authenticité afin de partager avec nous son parcours riche et singulier, façonné par la passion de l'animation, de la médiation culturelle et de la tradition orale. Elle nous livre une réflexion profonde sur la puissance des récits, la synergie entre les arts et la magie des rencontres humaines à chaque étape de la vie.

Merci Céline.

En fin d'interview, retrouvez ses coordonnées et quelques témoignages.


1. Peux-tu te présenter rapidement ?

Bonjour, je m’appelle Céline Molinari, j’ai 56 ans et j’habite à Montpellier depuis deux ans. Je suis née en région parisienne d’un père et d’une mère nés en Algérie, eux-mêmes issus d’immigrés espagnols. Ils m’ont énormément parlé de la Méditerranée, de l’Algérie, de la vie là-bas et du départ. J’ai été bercée par ces récits depuis toute petite, et c’est très certainement pour cette raison que je suis devenue conteuse. La transmission de nos racines par l’oralité est profondément ancrée dans notre famille.

Depuis mon enfance, je cherche mes racines entre les deux continents, l’Afrique et l’Europe. La Méditerranée est un trait d’union très fort pour moi. C’est pour cela qu’au fil de ma vie, je me suis rapprochée d’elle. Étant parisienne à la base, la mer était loin ; j’ai donc fait quelques escales au cours de mon parcours : Tours, Toulouse, et aujourd'hui Montpellier. Animatrice de formation, j’ai obtenu mon brevet d’État d’animatrice en 1991, marquant le début de cette belle aventure entre l’animation et le conte.


2. Quel est ton parcours pour arriver au conte, et à quels publics tu t'adresses ?

Tout simplement, j’étais animatrice en centre social et j’ai toujours aimé raconter des histoires. Je me suis donc formée à l’art du conte en tant que conteuse amateur à Tours. C’est ainsi que j’ai commencé à conter. Plus tard, de retour à Paris, j’ai postulé dans l'animation mais aussi auprès des services éducatifs des musées.

Il s’avère qu’à la Halle Saint-Pierre — le musée d’Art Brut situé au pied de Montmartre —, on recherchait une conteuse pour faire découvrir les œuvres aux enfants à travers les contes. C’est ainsi que cela a démarré et que c’est devenu mon activité professionnelle. Sur Paris, je travaillais dans plusieurs musées en créant des visites contées sur mesure en fonction des expositions, une démarche que j’ai poursuivie en m’installant à Toulouse.

Concernant mes publics, je me suis d'abord adressée aux scolaires, puis à la petite enfance (de 6 mois à 3 ans). J’ai ensuite créé l’atelier « Les Petites Oreilles » pour faire découvrir les œuvres d’art aux tout-petits dans les musées, à travers les contes et l’éveil sensoriel. Par la suite, je me suis tournée vers les EHPAD et les seniors en proposant des conférences contées : j’abordais une thématique d’histoire de l’art ponctuée de contes en lien avec les œuvres projetées.

J’ai également travaillé avec des publics en situation de handicap. Le conte est un outil formidable et universel : il permet non seulement de découvrir des œuvres, mais aussi d'offrir à chacun un espace pour se poser, explorer et entrer pleinement dans l’imaginaire du récit et de l’art.


3. Comment associes-tu ton travail de conteuse et d’animatrice auprès des aînés ?

La vie m’a amenée à devenir animatrice en EHPAD lorsque le musée dans lequel je travaillais régulièrement a fermé. Devant retrouver un emploi stable, il m’a paru naturel de m’orienter vers les maisons de retraite. Travailler avec les seniors est un véritable plaisir : c’est un public que je connais bien, que j’apprécie énormément et que je considère à part entière.

Mon travail de conteuse est intimement lié à l’ensemble de ma pratique. Quand on cherche des histoires et que l’on s’ouvre aux différentes cultures, on s’ouvre naturellement aux personnes que l’on rencontre. Je ne dirais pas que j'ai simplement « exploité » le conte en maison de retraite : c’est par un travail de recherche permanent et une adaptation constante aux besoins des résidents que je me suis sentie à ma place et heureuse à leurs côtés. La culture du conte me permet de m’ouvrir avec aisance et sincérité vers les autres.


4. Où puises-tu ton inspiration ?

Partout ! Je puise principalement mon inspiration dans l’histoire de l’art et les œuvres : qu’il s’agisse d’art contemporain, classique, de sculpture, de peinture, de photographie ou de performances. Curieuse de nature, je me nourris de tout ce que j’observe.

Pour les contes eux-mêmes, je puise dans mes lectures, notamment dans les contes traditionnels du monde entier. Lorsqu’on explore d’autres cultures, il est essentiel de bien s’en imprégner et de les comprendre en profondeur avant de pouvoir les transmettre. C’est un travail de fond, long et passionnant : on ne peut pas raconter une histoire n’importe comment. Il faut s’approprier la culture, la comprendre et savoir la raconter sans la dénaturer ni la réinterpréter. C’est tout l’art du conte.


5. Quel est le lien entre l’art du chant, le conte et la tradition orale ? Quel est leur impact selon toi ?

Le chant et le conte font tous deux partie intégrante de la tradition orale, et le chant a toujours habité ma vie. Pour moi, il n’y a aucune frontière entre les deux : je peux chanter en racontant une histoire ou intégrer des comptines pour les tout-petits. On peut emmener les gens dans un récit tout en les faisant participer ou remémorer des souvenirs grâce à une chanson.

Le chant et le conte sont des outils parfaitement adaptés à tous les publics. Ils permettent à chacun de s’évader tout en stimulant la mémoire. Chanter et raconter apportent une ouverture du cœur et une joie partagée. Ce sont des vecteurs de rassemblement qui incitent à se regarder, écouter, participer, imaginer et vivre un moment commun dont chacun ressort nourri de ses propres émotions. Le conte et le chant procurent de la joie, du bonheur, et possèdent une véritable dimension thérapeutique en favorisant l’ouverture à soi et aux autres.


7. As-tu constaté des déclics ou des transformations auprès des personnes accompagnées ?

Oui, très régulièrement ! Dès que l’on raconte une histoire — que ce soit aux tout-petits, aux enfants, aux adolescents ou aux seniors —, quelque chose s’enclenche immédiatement. Même si le public arrive parfois peu convaincu au départ, dès que le récit commence, les regards changent, les postures se détendent et les sourires s’épanouissent.

On perçoit une écoute captivée : les tout-petits écoutent bouche bée, un adolescent venu à reculons se redresse soudainement attentif, et une personne âgée tend l’oreille sans s’endormir. C’est un outil réellement magique qui me permet d’embarquer toutes les générations dans un voyage extraordinaire. Si j’adapte évidemment mon répertoire et mon approche selon les âges, l’émotion et le ressenti restent fondamentalement les mêmes pour tous.


8. Quels sont tes projets à court et moyen terme ?

Après avoir passé deux ans à travailler en maison de retraite — avec notamment une très belle expérience à la Cité des Aînés où nous nous sommes rencontrées, Mélanie —, j’ai fait le choix de démissionner afin de me consacrer entièrement à mon projet principal. En effet, la charge de travail ne me laissait plus assez de temps pour développer mon activité de conteuse.

Mon objectif est de réintervenir dans les musées auprès des scolaires, d'animer des ateliers sensoriels pour la petite enfance, et de continuer à proposer des ateliers sensoriels autour des œuvres d’art pour les seniors. Je souhaite conserver le conte comme outil central tout en explorant d’autres médiums comme les arts plastiques.

Cela demande un travail important de préparation, de démarchage et de création. Quand on travaille seule, le plus intéressant est de s’intégrer dans des projets de structures pour répondre au mieux aux attentes des enseignants et des professionnels. C’est un défi stimulant à chaque fois renouvelé !


Note de Céline — L'envers du décor de l'art de conter : L’art de conter consiste à raconter une histoire sans le support du livre ni du texte écrit. Cela exige un vrai travail de mise en scène, d’interprétation, de jeu d'acteur et de narration. S’approprier un conte demande beaucoup de temps et d’énergie. Lors de la création de visites contées, il y a d'abord une recherche approfondie sur l'artiste et la thématique, un choix minutieux des contes adaptés, un travail d'écriture pour imbriquer les œuvres et les récits, puis un important travail de mémorisation et d'interprétation.


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Contact :

Pour contacter Céline afin qu'elle puisse vous en dire plus sur son parcours et ses nombreuses expériences et, je vous le souhaite, collaborer avec elle, c'est par ici :





 
 
 

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