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Article interview : Rosawazo : La poésie du recyclage et du lâcher-prise

Le travail de Rosawazo ne se laisse pas enfermer dans une case.

C’est une exploration, un voyage, un cheminement, une bulle qui éclate ou un rêve qui prend vie au travers de ses créations.

J'ai rencontré Julia alias Rosawazo lors d'un vide grenier et sa présence m'a immédiatement interpellée.

Quelques mots échangés ont suffit à confirmer mon intuition : j'avais bel et bien une personne et une artiste pas comme les autres face à moi.

Ma curiosité m'a amenée à aller découvrir son travail et j'ai adoré : Julia transforme l’ordinaire en œuvres habitées. Son art, tour à tour coloré ou épuré, reste avant tout vivant. Il est porté par une poésie solaire et bienfaitrice, une de celles qui communiquent une forme de joie sans avoir besoin d'artifices.

Et après cette interview je suis encore plus touchée par sa personne et ses créations.

Voici le portrait d’une artiste qui crée comme elle rencontre : avec authenticité.

Merci Julia.


Retrouvez en fin d'article ses infos et quelques photos.


Quel a été ton parcours artistique jusqu'ici et comment la création a-t-elle pris cette place dans ta vie ?

J’ai commencé comme comédienne et modèle à Paris, et j’ai adoré ces années riches en rencontres et en voyages. Rapidement attirée par les coulisses: la lumière, les matières et les décors sur les tournages. J’ai grandi dans un univers créatif, entre ateliers, récup et projets de famille un peu fous, ce qui a nourri très tôt mon rapport instinctif et sensible à la création. Après différentes expériences et un départ pour l’Australie, mon pays coup de cœur, j’ai renoué avec le dessin et l’écriture avec mes carnets de voyages. Finalement la création ne m’a jamais quittée : elle s’est affirmée au fil du temps, notamment au retour de mes periples où je faisais des ventes pour des amis créateurs, toujours en lien avec cet univers. Aujourd’hui, la création est mon mode d’expression : je chine, transforme, dessine et capte des fragments du quotidien pour les mettre en forme à travers différents médiums.


Comment décrirais-tu ton art à quelqu'un qui découvre ton travail pour la première fois ?Tendre, onirique et sans doute nostalgique ! Je crée des pièces uniques ou des petites séries à partir de matériaux chinés, qui évoluent au fil de mes trouvailles. Mon travail traverse plusieurs supports : luminaires avec des photographies anciennes que je retravaille, toiles de jute et tissus vintage, ainsi que des linogravures mêlant mots d’enfant et mantras, mais aussi des illustrations oniriques, qui peuvent parfois se retrouver sur les lampes, ou encore du papier ancien. J’aime construire des petits mondes, entre réel et imaginaire : des champignons au coucher de soleil fluo, des souris qui plongent dans des verres de limonade pour “se jeter à l’eau”, ou prennent des bains dans des tasses à thé… comme des reflets poétiques de nous-mêmes, de nos habitudes, de nos peurs et de nos contradictions.

Je me suis souvent sentie éparpillée, en me comparant à certains artistes qui travaillent sur un axe très lisible. Mais j’ai aujourd’hui choisi de l’assumer pleinement. Je ne cherche pas à me limiter à un produit ou à une direction unique : j’aime laisser mon univers évoluer au fil des collections et de ce qui m’inspire. Je n’avais jamais montré mes dessins en commençant les luminaires. C’est une personne qui m’est chère qui m’y a poussée… et c’est finalement ce qui a le plus résonné. Le fait que ces petites illustrations puissent toucher les gens m’a profondément émue, car elles sont très personnelles et intimistes.


Qu’est-ce qui te motive au quotidien dans ta pratique ? Qu’est-ce que tu cherches à exprimer ou à capturer à travers tes œuvres ?

Ce qui me motive au quotidien, c’est de transformer et de donner une autre vie aux choses : une nappe qui a déjà vécu, ou des inconnus sur une photo de plage des années 1930… ça me fait rêver ! J’aime aussi les différentes phases de travail : les séries de linogravures, plus physiques et presque sportives, où les fils de séchage débordent de l’atelier ; et les phases plus introspectives, de recherche et de chine. C’est un processus en perpétuel mouvement, même s’il peut parfois être plus compliqué. J'aime mélanger le réel et la fantaisie, comme si ce que l’on connaît se transformait à chaque regard, révélant toujours autre chose… en quelque sorte. Ce que je cherche à exprimer, c’est la poésie que l'on peut trouver dans les petites choses du quotidien. J’aime partir d’un mot entendu, d’une situation, ou d’un objet a priori kitsch ou "fini". Et puis je suis aussi très inspirée par ma fille et sa poésie du monde, et par la mer !


Tu es actuellement en Australie : qu'est-ce qui t'a poussée à partir là-bas et comment ce pays influence-t-il ton travail aujourd'hui ?

Cela fait maintenant cinq mois que je suis en Australie avec mon compagnon et ma fille. Nous avions déjà vécu ici pendant deux ans et demi il y a longtemps, et nous rêvions d’y revenir avec Elle. C’est un pays immense à explorer, et nous sommes profondément attachés à cette nature : le sentiment d’être tout petits sous ce ciel, au milieu de “rien”, est très puissant. Nous vivons en 4x4 et campons dans des zones reculées, au rythme du voyage. C est l'occasion aussi de retrouver nos amis. Ma fille entre doucement dans la préadolescence, et j’avais envie de vivre cette période ici, dans un environnement plus simple et recentré, loin de la pression des réseaux et du paraître qui se banalise. C’est une expérience qui remet beaucoup de choses en perspective : le plus beau cadeau que nous pouvions nous faire. Ce voyage est très précieux : il me redonne de l’énergie et de la force pour créer, malgré une époque parfois compliquée. Je me suis recentrée sur des carnets de voyage, l’écriture, le collage et l’aquarelle. C’est comme un “reset”, une façon de me sentir libre et capable de le faire sans attendre les conditions parfaites.


Tu le sais, mon cœur de métier c'est le lien entre art, santé mentale et développement personnel. Est ce que toi tu fais un lien entre création artistique et ton équilibre mental?

Oui, sans hésitation ! Créer me permet un vrai lâcher-prise. C’est aussi une forme de mise à nu, avec ses doutes de légitimité, ses fragilités… mais quand on se sent bien en créant, cela devient un besoin. On ne s’ennuie jamais : ça bouillonne en permanence, et il suffit de peu. C’est une vraie chance, une richesse de pouvoir avoir ça dans sa vie. Et quand quelqu’un est touché par ce que l’on fait, c’est magnifique. J’ai aussi eu une expérience auprès de femmes et d’enfants victimes de violences. Le dessin en autoportrait y a été très puissant : il s’y passait beaucoup de choses, des mots se libéraient en même temps que le trait. Avec les enfants, l’expérience est très différente, souvent plus dans l’apaisement et la fierté de soi. C’est vraiment le jour et la nuit selon les contextes, et c’est fascinant de voir ce que la création permet de faire émerger lorsqu’on la propose comme espace. J’ai également animé et créé une fresque murale participative avec le collectif Passelaseconde et le Polygone de Montpellier. J’ai été très étonnée et touchée de voir des jeunes, des enfants, des mamies… tous s’impliquer avec autant d’attention et d’enthousiasme. Et à quel point les gens étaient contents de participer. C’était un vrai mélange des générations, un moment fort qui montre à quel point créer ensemble peut fédérer!

J'ajouterai juste les collectifs apportent beaucoup car en tant que créat.eur.rice on est vite isolé.e et pas forcément doué.e pour se vendre etc..Le collectif passe la seconde m à été d un grand soutient et m à donné accès à de beaux contrats ! Et Pirart à Toulouse également !


À quoi ressemble une journée type de création pour toi ?

Ça varie beaucoup selon les périodes : travail sur commande, création, livraisons en galerie ou boutique, préparation d’une nouvelle collection, linogravure…Ce qui est sûr, c’est qu’il y a toujours de la musique, de la chicorée, et parfois- quand les rouleaux de polyphane et les toiles de jute sont sortis- une maison entière qui se transforme en atelier 😅 Et je ne parle même pas des meubles chinés au milieu de tout ça…Quand je suis dans le dessin, c’est plus posé. Je suis davantage dans l’atelier, ou dehors, dans une énergie plus calme, presque méditative 😊


Quels sont tes projets ou tes envies pour la suite de ton parcours ?

Structurer !! C’est vraiment l’envie du moment. Tout s’est fait un peu en dents de scie : des élans très forts, des choses qui fonctionnent et qui m’ont beaucoup encouragée, puis des périodes où j’ai dû mettre certaines choses de côté, et des pauses nécessaires. Ça a parfois été vraiment difficile. Aujourd’hui, j’ai envie de m’appuyer sur la belle énergie de ce voyage pour poser des bases plus solides : structurer mon site, déléguer davantage la partie réseaux sociaux (qui n’est pas mon terrain naturel) et développer enfin la partie petite brocante. Et en parallèle, ouvrir aussi un nouvel espace de transmission avec des ateliers. J’ai envie que ça circule autrement.


Si tu devais donner un conseil à quelqu'un qui veut se lancer dans l'art pour se sentir mieux ou tout simple pour se laisser libre de créer lequel serait-ce ?

Je lui dirais de ne pas chercher à tout prix à maîtriser une technique, ni à attendre un résultat précis. Juste de commencer, avec peu de choses : un magazine à découper, un feutre, un Bic… déchirer, découper, coller dans un carnet. Décomplexer le geste. Faire. J’encourage aussi à glaner des petits trésors du quotidien : papiers d’emballage, tickets, coquillages, feuilles ou fleurs séchées… et à les collecter dans un journal. C’est très accessible et ça ouvre énormément de possibilités. Et surtout, rappeler qu’on n’est ni dans la performance ni dans la compétition. C’est un espace de plaisir, de liberté, de jeu, qui peut nous accompagner partout.



Rosawazo
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