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Amateurs ou pros : face au monstre du trac, sommes-nous tous égaux ?

Dernière mise à jour : 31 mai


Nous sommes en juin! Le mois où les cours d'écoles, les salles des fêtes, les parvis se transforment en scènes pour laisser s'exprimer les galas et les spectacles de fin d'année.

Que vous vous apprêtiez à jouer Phèdre devant un parterre de directeurs de casting ou à donner trois répliques dans la pièce de l'association locale devant vos amis assis en ribambelle au deuxième rang, un invité mystère s’est forcément invité dans votre loge : le trac.

Ce charmant phénomène qui transforme vos mains en éponges, vos jambes en coton et votre mémoire en page blanche 404.

Mais au fond, face au monstre des coulisses, sommes-nous tous égaux ?


Le match : La peur de l'erreur vs La peur liée au statut

On a tendance à croire que le trac est un problème de débutant.

C'est faux.

La différence ne réside pas dans l'intensité de la peur, mais dans ce qui la provoque.

  • Côté Amateurs : La peur du crash test. Pour celui qui monte sur scène trois fois dans l'année, l'enjeu est affectif et social. La question qui tourne en boucle est souvent : « Vais-je oublier mon texte et mourir de honte devant mes collègues ? ». Le trac est perçu comme une anomalie, un signal d'alarme qui dit « Fuis, tu n'as rien à faire là ».

  • Côté Pros : Le syndrome de la chute de piédestal. Pour le comédien ou le musicien chevronné, le public attend une performance à la hauteur du prix du billet. L'enjeu est réputationnel et économique. Comme le disait si bien la grande tragédienne Sarah Bernhardt à une jeune comédienne qui se vantait de ne jamais avoir peur : « Ne vous inquiétez pas, cela vous viendra avec le talent. » Chez le pro, le trac est un compagnon de route régulier, presque un outil de travail.


La science du nœud au ventre : Merci l'évolution !

Pourquoi notre corps nous inflige-t-il cela ?

Pour le comprendre, il faut faire un saut dans le temps.

Scientifiquement, le trac est une réaction neurobiologique orchestrée par notre cerveau archaïque (le système limbique).

Face au regard du public, votre cerveau ne fait pas la différence entre « monter sur scène » et « être encerclé par une meute de loups ».

Il bombarde votre organisme d'adrénaline et de cortisol.

Vos muscles se tendent pour fuir ou combattre (d'où les tremblements), et votre système digestif se met en pause (le fameux estomac noué).

Vous n'êtes pas trouillard, vous êtes juste un Homo Sapiens équipé pour la survie.


La nuance qui change tout : Sans cette décharge d'adrénaline, une performance est souvent plate. C'est elle qui dilate vos pupilles pour mieux capter la lumière, accélère vos connexions neuronales et donne de l'intensité à votre voix. Le trac n'est pas votre ennemi, il peut être le carburant de votre présence scénique.


La boîte à outils des coulisses (garantie sans magie noire)

Puisqu'on ne peut pas l'éviter, autant apprendre à le piloter.

Voici trois techniques éprouvées par les neurosciences et les habitués des planches :

  1. La respiration "4-4-4" (ou cohérence cardiaque) : Inspirez pendant 4 secondes, bloquez 4 secondes, expirez pendant 4 secondes. Cela envoie un signal mécanique à votre nerf vague : « Tout va bien, je suis en sécurité ». Le rythme cardiaque ralentit instantanément.

  2. Le switch mental : Le cerveau ne sait pas distinguer la peur de l'excitation (les symptômes physiques sont identiques). Au lieu de vous répéter « Je suis terrifié », mentez-vous effrontément et dites à haute voix : « Je suis tellement impatient de monter sur scène ». Le stress négatif se transforme en énergie motrice.

  3. Le rituel d'ancrage : Les professionnels ont tous leurs TOCs de coulisses. Sautiller sur place pour évacuer le cortisol, s'isoler avec une playlist précise, ou faire un cri de guerre collectif. Le rituel rassure le cerveau en lui donnant des repères connus juste avant le grand saut dans l'inconnu.


Le mot de la fin

Le trac est un droit d'entrée. Une taxe invisible que l'on paie parce que l'on respecte le public et que l'on aime ce que l'on fait. La bonne nouvelle ? Une fois le rideau levé et la première réplique lancée, la magie de l'action prend le dessus et la peur s'évanouit en quelques secondes, laissant place à l'un des plus beaux sentiments au monde : le plaisir d'être là.

Alors, amateurs ou professionnels : respirez, souriez, profitez et merde pour vos spectacles de juin (et d'après) !

 
 
 

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